L’innovation, quel beau sujet de communication ! Appréhender les nouveaux apports de la science, exploiter de nouvelles technologies, capter les usages émergents… n’est-ce pas forcément valorisant pour votre entreprise ou pour vous-même ? La réponse est NON. L’innovation est un sujet difficile en communication. Attention aux pièges ! La maîtrise de quelques techniques sera bien utile. Aujourd’hui, coup de projecteur sur une première technique : la mise en avant du DESSEIN.

Phénomène excitant dans un environnement économique tristounet, la France célèbre l’innovation. L’actualité est truffée de :

  • technologies émergentes (ex. : objets connectés),
  • événements planétaires avec de belles délégations Françaises (le Web Summit de Dublin aujourd’hui, le CES de Las Vegas bientôt),
  • startups prometteuses (ex. : Sigfox),
  • champions nationaux qui recrutent dans l’hexagone et au-delà  (ex. : Criteo),
  • grands groupes soudainement adeptes de « l’open innovation »,
  • initiatives gouvernementales (la French Tech, le projet de loi Numérique).

 

Le renforcement des thèmes liés à l’innovation dans les discours des organisations et des professionnels saute aux yeux. Pour communiquer sur l’innovation il faut déjà la comprendre et la décrire avec des mots simples.Première difficulté. Il faut, ensuite, être suffisamment crédible et factuel pour revendiquer un « leadership », une primauté, une expertise. Deuxième difficulté. Mais le principal écueil est ailleurs. Le plus souvent, l’innovation n’est pas attendue par vos publics. A trop vouloir la promouvoir, vous risquez le rejet.En clair, l’innovation met en alerte tous nos freins naturels, la fameuse résistance au changement. Florilège non exhaustif des réactions à anticiper :

  1. ça ne sert à rien,
  2. je n’en ai pas besoin,
  3. ça coûte cher,
  4. c’est trop tôt,
  5. c’est dangereux,

sans compter d’autres syndromes moins avouables comme l’incontournable « cette idée n’est pas de moi ».

Alors comment rassurer, convaincre, séduire ? Examinons la rhétorique de quelques « innovateurs » patentés. Vendredi dernier, la curiosité m’a poussé à lire un post de Reid Hoffman, l’un des fondateurs de Linkedin : The Power of Purpose at Work.
L’auteur nous y raconte que Linkedin est né d’un objectif : “Building a platform that creates economic opportunity for every member of the global workforce.” Offrir des opportunités professionnelles à chaque actif sur cette planète, voilà qui est diablement universel, non ?

Et Reid Hoffman de souligner l’importance de cette valeur, et tous les « bénéfices RH » qui résultent de l’adhésion du personnel à cette valeur. Des données (pardon, des data) viennent étayer le discours et apporter des preuves irréfutables. C’est beau. C’est fort. Tiens j’ai l’œil un peu humide… Sacré Reid !

Bon, ressaisissons-nous et passons à autre chose. Par exemple, la vidéo TED de Bill Gross, le fondateur de Idealab, un célèbre incubateur d’outre Atlantique : The single biggest reason why startups succeed.

Et là, ça ne traine pas. Une ou deux phrases d’introduction et vlan ! “I believe that the startup organization is one of the greatest forms to make the world a better place.” Alors Bill Gross peut nous raconter ensuite qu’il a commencé sa carrière dans le business en vendant des bonbons à ses camarades d’école (belle mentalité ). Nous pouvons également relever ses goûts discutables en matière vestimentaire (ah le pantalon remonté sous les aisselles et la veste qui arrive aux genoux!). Mais au diable tout cela ! Bill veut améliorer le monde et nous… on a envie d’y croire. Go Bill, go !

Bon il s’agit certainement d’un « truc » de Yankees. Mais nous en France, nous sommes moins superficiels. C’est bien connu. Intéressons-nous par exemple à la série de vidéos We love entrepreneurs sur Dailymotion. Voici, par exemple,l’interview de Ludovic Le Moan, fondateur de Sigfox.

Bon il faut attendre 1’15’’ et hop ! « Si, ce gars-là, ce qu’il me raconte c’est vrai, ce qu’il me dit être possible ça l’est, on va changer le monde […] c’est ça la genèse de Sigfox. » next page. Ma parole, mais c’est une épidémie ! ».

Les initiés auront déjà compris que je vais évoquer Simon Sinek et son fameux cercle d’or : « People don’t buy WHAT you do, they buy WHY you do it. » Commencez votre discours par votre «why », la cause que vous servez, le dessein que vous poursuivez inlassablement. Votre message s’adressera directement au système limbique de votre auditoire. Vous créerez un sentiment de confiance propice à la suite de votre exposé. Pour les non-initiés, allez donc refaire un tour du côté de chez TED.com à la recherche de Simon.

Mais réduire cette quête de sens à une technique oratoire, aussi efficace soit-elle, serait réducteur. Les craintes que nous nourrissons vis-à-vis de l’innovation sont fondées. Les traités de philosophie et de sociologie sur le sujet foisonnent. Mais parons au plus pressé et appelons directement un géant bien de chez nous à la rescousse :  Pantagruel. Rabelais écrivait déjà en 1542, « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Ouf… merci François !

La conscience de l’époque était religieuse. Le secours de la religion est certes moins actuel aujourd’hui. A ce bémol près, cette petite phrase reste furieusement d’actualité 500 ans plus tard. Tout cela est finalement très rassurant. Le monde ne change pas si vite que cela. Ne vous reste plus qu’à plancher sur la conscience. Bon courage !